30 septembre 2026
Qu'est-ce que la littérature ?
Qu’il ait été écrit strictement par un humain ou à l’aide d‘une Intelligence Artificielle, ce roman est un grand livre. Je viens de le lire d’une traite. J’en ressors transformé. Je ne peux que vous en conseiller la lecture en rappelant que si les IA peuvent en effet « produire » des livres à la chaine, celui-ci n’aurait jamais été « écrit » sans l’intervention, la volonté, l’expérience de vie, d’un humain unique, une voix singulière porteuse d'une nécessité. Je sais ce que peut faire une IA dans l’accompagnement d’un projet d’écriture. Je l’ai moi-même testé récemment sur un format long. Je sais aussi ce qu’elle ne peut pas faire.
A ce stade de la "polémique", je ne peux pas déterminer dans quelle « mesure » (proportion) cet écrivain haïtien vivant au Québec (Thélyson Orélien) a utilisé une IA. Ou pas. Je maintiens une opinion très critique et une réticence éthique devant l’invasion véritablement « monstrueuse » de ces IA dans nos vies quotidiennes et ses catastrophiques conséquences écologiques. Je peux légitimement m’inquiéter de son usage qui pervertirait la littérature comme elle pervertit ailleurs la notion même de « vérité »…
Je constate simplement que s’il s’avère que ce livre a en effet été élaboré « avec l’aide » d’une IA, cela veut dire que cette IA peut produire des livres puissants et bouleversants, et d’une indiscutable qualité littéraire. Mais pour cela il faut tout de même un humain ayant vraiment quelque chose à dire...
Il est évident que l'intrusion de cet outil dans le processus créatif peut nous déranger, bousculer nos positions de lecteurs-trices. Cela signifie-t-il la fin de la littérature ? La fin de l’auteur ? L'ère des "prompteurs" ? Nous n’échapperons pas à cette remise en cause de nos certitudes. Il faudra être solides sur nos appuis, bien ancrés dans notre terreau culturel, pour aborder ce débat essentiel.
En attendant, pourquoi se priver de lire un livre lumineux quand sur les tables des librairies abondent les livres sans éclat ?
Yves Gerbal, 30 septembre 2026.
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